{"id":4725,"date":"2016-04-01T14:32:40","date_gmt":"2016-04-01T13:32:40","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/?p=4725"},"modified":"2016-04-01T14:32:40","modified_gmt":"2016-04-01T13:32:40","slug":"oliveiro-toscani-il-faut-sans-cesse-chercher-de-nouveaux-moyens-de-raconter-le-monde-nouvelobs-com-30-03-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/?p=4725","title":{"rendered":"Oliveiro Toscani : &#8220;il faut sans cesse chercher de nouveaux moyens de raconter le monde&#8221; (nouvelobs.com \/ 30.03.2016)"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"chap-o\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/referentiel.nouvelobs.com\/file\/15012788.jpg\" alt=\"Oliveiro Toscani hune mariage Oliveiro Toscani\" \/><\/h2>\n<h4 class=\"chap-o\" style=\"text-align: left;\"><strong>Les 18 et 19 mars derniers, personnalit\u00e9s et anonymes \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 s\u2019unir devant l\u2019objectif d\u2019Oliviero Toscani, c\u00e9l\u00e8bre pour ses campagnes chocs pour la marque Benetton dans les ann\u00e9es 1990. Pour l\u2019occasion, le plus sulfureux des photographes installait son studio devant la librairie La Hune, Place Saint-Germain-des-Pr\u00e9s \u00e0 Paris. 21 portraits de couples, comme autant de mani\u00e8res de c\u00e9l\u00e9brer la diff\u00e9rence. Rencontre.<\/strong><\/h4>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h4><strong>Comment vous est venue l\u2019id\u00e9e de cette s\u00e9rie\u00a0sur le mariage ?<\/strong><\/h4>\n<p class=\"first\">Il y a une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, alors que je r\u00e9alisais une s\u00e9rie mode pour le Vogue fran\u00e7ais, ma fianc\u00e9e de l\u2019\u00e9poque, devenue plus tard ma femme, \u00e9tait habill\u00e9e d\u2019une robe de mari\u00e9e Yves Saint Laurent. Je l\u2019ai trouv\u00e9e si belle que je me suis pris en photo \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Etrangement, cette seule photo a suffit \u00e0 sceller notre union. Lorsque nous nous sommes vraiment dit oui devant le maire cinq ans plus tard, nos parents et amis avaient l\u2019impression que nous \u00e9tions d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9s. Ils avaient gard\u00e9 en t\u00eate cette image, qui reste aujourd\u2019hui dans nos albums de famille la vraie preuve de notre mariage, bien qu\u2019elle n\u2019ait rien d\u2019officiel. Plus r\u00e9cemment, le d\u00e9bat fran\u00e7ais sur le mariage pour tous et son pendant italien ont achev\u00e9 de me convaincre. En Italie, nous avons l\u2019Eglise, le pape, les cardinaux\u2026 C\u2019est tr\u00e8s compliqu\u00e9. Je voulais prouver qu\u2019il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9glise, ni m\u00eame \u00e0 la mairie, pour \u00eatre mari\u00e9. Si la photo existe, alors le mariage existe.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/referentiel.nouvelobs.com\/file\/15012786.JPG\" alt=\"\" width=\"640\" \/><\/p>\n<h4><strong>Pour vous, la photographie est politique, mais aussi synonyme de v\u00e9rit\u00e9&#8230;<\/strong><\/h4>\n<p>Qu\u2019importent les restrictions sociopolitiques, \u00e9thiques ou morales, si vous souhaitez vous marier, votre intention, captur\u00e9e par un photographe, suffit \u00e0 rendre le mariage r\u00e9el, v\u00e9ritable. Tout \u00e7a est tr\u00e8s s\u00e9rieux, car la photographie est non seulement la m\u00e9moire historique des individus mais aussi celle de l\u2019humanit\u00e9 toute enti\u00e8re. Sans cette trace, pas de r\u00e9alit\u00e9. Sinon, comment savoir si Jeanne d\u2019Arc \u00e9tait bien celle que l\u2019on pr\u00e9tend, ou que J\u00e9sus \u00e9tait vraiment capable des miracles qu\u2019on lui associe\u00a0?<\/p>\n<h4><strong>Quel message souhaitez-vous faire passer au travers de ces portraits de couples ?<\/strong><\/h4>\n<p>C\u2019est un manifeste pour la libert\u00e9 autant qu\u2019un pied de nez \u00e0 l\u2019Eglise et aux institutions \u00e9tatiques. On devrait pouvoir se marier avec qui l\u2019on veut, comme l\u2019on veut. Devant mon objectif, une femme peut se marier en Dior vintage ann\u00e9es 1950 avec son mari (ou sa femme) en hippie. Impossible de concevoir la m\u00eame chose \u00e0 l\u2019\u00e9glise\u2026 Et si l\u2019on souhaite tout bonnement se marier en Adam et Eve, avec une feuille de vigne pour seul v\u00eatement\u00a0? Il faut s\u2019affranchir des codes et des interdits. Le mariage est avant tout une union culturelle, une relation intellectuelle, comme Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ou Rudolf Noureev et Freddie Mercury. Peu importe que vous souhaitiez ou non avoir des enfants. Fonder une famille est une valeur ajout\u00e9e.<\/p>\n<h4><strong>Parall\u00e8lement, vous poursuivez votre projet <em>Razza Umana <\/em>(Race Humaine), pour lequel vous voyagez aux quatre coins du globe&#8230;<\/strong><\/h4>\n<p>En \u00e9tant photographe, j\u2019ai souvent entendu dire : \u00ab\u00a0<em>Si vous me photographiez, j\u2019ai peur que vous voliez mon \u00e2me<\/em>.<em>\u00a0<\/em>\u00bb Le fait est qu\u2019il est effectivement possible de saisir l\u2019\u00e2me des personnes que l\u2019on photographie. Partout dans le monde, je m\u2019installe sur les places des villes et des villages, j\u2019installe un studio, puis j\u2019arr\u00eate les passants. Pour chaque photo, je leur demande de regarder l\u2019objectif. Ce ne sont pas des mannequins professionnels et syst\u00e9matiquement, quelque chose brille dans leurs regards. Lorsque l\u2019on regarde quelqu\u2019un dans les yeux, il y a toujours cet instant d\u2019embarras, o\u00f9 l\u2019on se sent d\u00e9pouill\u00e9, comme mis \u00e0 nu. C\u2019est ce moment pr\u00e9cis, presque intangible, que j\u2019essaye de capturer.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/referentiel.nouvelobs.com\/file\/15012095.JPG\" alt=\"\" width=\"640\" \/><\/p>\n<h4><strong>Vous \u00eates c\u00e9l\u00e8bre pour vos photographies de mode. Quel regard portez-vous sur\u00a0elle aujourd&#8217;hui ?<\/strong><\/h4>\n<p>J\u2019ai commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 60, avec l\u2019apparition de la minijupe. Puis sont venues les ann\u00e9es 80, marqu\u00e9es par d\u2019autres revendications \u00e9mancipatrices, transgressives.<\/p>\n<h5>Aujourd\u2019hui, il y a sans doute moins de place pour la libert\u00e9.<\/h5>\n<p>La presse sp\u00e9cialis\u00e9e, conditionn\u00e9e par son rapport aux annonceurs, est d\u00e9sormais davantage un support d\u2019information sur l\u2019\u00e9tat du march\u00e9 que sur la mode elle-m\u00eame. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, d\u00e8s que le mot marketing apparait, on est en droit de s\u2019inqui\u00e9ter. Pour ma part, j\u2019ai la chance d\u2019\u00eatre encore tr\u00e8s libre d\u2019un point de vue cr\u00e9atif, mais force est de constater que la standardisation et l\u2019absence de prise de risque sont un peu devenus la norme de l\u2019industrie. Pour s\u2019en convaincre, il suffit de regarder les affichages publicitaires sur les murs de nos villes, pens\u00e9s par des agences de pub qui n\u2019ont que faire de la cr\u00e9ativit\u00e9, tant que le rendu final satisfait le client. La plupart du temps, ces images n\u2019ont strictement aucun int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<h4><strong>Vos\u00a0campagnes Benetton (1982 \u00e0 2000)<\/strong> <strong>sont devenues des symboles\u00a0de leur \u00e9poque, marqu\u00e9e notamment par le d\u00e9veloppement de l\u2019antiracisme. Y-aurait-il encore de la place pour des images comme celles-ci ?<\/strong><\/h4>\n<p>Encore aujourd\u2019hui, on me parle sans cesse de ces images. C\u2019est bien la preuve que l\u2019int\u00e9r\u00eat du public n\u2019a pas chang\u00e9. Je reste tr\u00e8s confiant. La<a class=\"tag\" href=\"http:\/\/o.nouvelobs.com\/tag\/photographie\">photographie<\/a> n\u2019est qu\u2019un moyen, reste \u00e0 en d\u00e9terminer le but. A mon sens, un photographe doit \u00eatre le t\u00e9moin de son temps. Ces images racontaient certes leur \u00e9poque, mais elles ont gard\u00e9 leur sens trente ans apr\u00e8s.<\/p>\n<h5>Pas de &#8216;c\u2019\u00e9tait mieux avant&#8217;, il faut sans cesse chercher de nouveaux moyens de raconter le monde.<\/h5>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/referentiel.nouvelobs.com\/file\/15012107.JPG\" alt=\"\" width=\"640\" \/><\/p>\n<h4><strong>Alors quel regard portez-vous sur notre temps ?<\/strong><\/h4>\n<p>C\u2019est une p\u00e9riode tr\u00e8s int\u00e9ressante. Nous sommes comme castr\u00e9s par une technologie que nous percevons comme une aide, alors qu\u2019elle nous rend paresseux, inertes. Les gens commencent \u00e0 raisonner lorsqu\u2019ils allument leur ordinateur. Mais quid de l\u2019imagination\u00a0? Les jeunes ont \u00e0 leur port\u00e9e une source intarissable d\u2019information mais ne prennent plus le temps de r\u00eaver. Le constat est le m\u00eame s\u2019agissant de la t\u00e9l\u00e9vision. Il faudrait s\u2019affranchir de tous ces filtres pour renouer avec l\u2019imaginaire. D\u2019ailleurs, je milite pour la suppression totale et d\u00e9finitive de la t\u00e9l\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Alban Agnoux<\/strong><\/p>\n<p><em>L\u2019ensemble des portraits est \u00e0 d\u00e9couvrir <\/em><em>sur les fa\u00e7ades ext\u00e9rieures de la librairie-galerie <\/em><em>La Hune jusqu\u2019au 1er avril 2016, ainsi que l\u2019exposition &#8220;Minis Toscani&#8221;, 100\u00a0photographies petit format retra\u00e7ant le travail d\u2019Oliviero Toscani, des ann\u00e9es 1960 \u00e0 aujourd\u2019hui.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>30.03.2016<\/p>\n<p>source: \u00a0<a href=\"http:\/\/o.nouvelobs.com\/art-design\/20160330.OBS7434\/oliveiro-toscani-il-faut-sans-cesse-chercher-de-nouveaux-moyens-de-raconter-le-monde.html\">nouvelobs.com<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les 18 et 19 mars derniers, personnalit\u00e9s et anonymes \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 s\u2019unir devant l\u2019objectif d\u2019Oliviero Toscani, c\u00e9l\u00e8bre pour ses campagnes chocs pour la marque Benetton dans les ann\u00e9es 1990. Pour l\u2019occasion, le plus sulfureux des photographes installait son studio<a class=\"more\" href=\"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/?p=4725\">Leggi &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[792],"tags":[],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4725"}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4725"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4725\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4731,"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4725\/revisions\/4731"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4725"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4725"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.olivierotoscanistudio.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4725"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}